Tout avait commencé au cours d’une simple séance de travail…
Mais ce matin là, pour la première fois, je suis incapable de parler et d’écrire ma présentation au tableau. Je me rends aussi compte qu’il m’est tout aussi impossible d’écouter et de prendre des notes en même temps. Comment s’en sortir lorsque l’on est également chargé de rédiger le protocole de séance? Dans l’urgence, j’essaie de noter quelques mots clés, en espérant pouvoir restituer l’essentiel plus tard. Mais cela ressemble plus à un gribouilli qu’à des notes précises.
Pour les prochaines séances, je me mettrai à préparer une multitude de transparents qui me dispenseront d’écrire mes messages en direct. Quant aux procès-verbaux, par chance, c’est ma jeune collaboratrice, Amy, qui se proposera tout naturellement de reprendre cette tâche.
Ce jour-là, personne ne remarqua ce qui m’était arrivé. Mais moi, je m’en souviens comme du jour du 11 septembre à New York. C’était le début de mes difficultés et de mes interrogations.
Plus tard, on m’expliquera que le principal responsable de ces pannes est l’administrateur central de ma mémoire de travail… et que l’on ne peut pas vraiment le réparer.
« Je ne laissais personne s'approcher assez près pour devenir intime.
Il ne fallait pas que les autres en apprennent trop sur moi.
En gardant mes distances, je les empêchais de remarquer
mes incapacités grandissantes. »
(Diana Friel McGowin, Au cœur du Labyrinthe, p.69, Editions Presses de la Cité 1995)
La « phobie » du téléphone
Au bureau, il m’est de plus en plus difficile de répondre au téléphone…
Alors j ’écris mot à mot, sur des fiches, tout ce que je souhaite dire à mon correspondant. Je prépare à l’avance des réponses à d’éventuelles questions qui pourraient m’être posées! Mais il y a de plus en plus d’imprévus et de scénarios possibles… Mes notes et mes fiches s’accumulent de jour en jour.
Je n’arrive plus à traiter l’information dans un délai normal. Pour échapper aux appels, je branche le répondeur…. et je m’en vais errer une heure ou deux dans les bâtiments de l’usine. Tous les prétextes sont bons pour échapper à la réalité et gagner du temps… Ce temps, toujours plus long, qui m’est nécessaire pour comprendre et retenir les choses.
À la maison aussi, quand le téléphone sonne, c'est la panique. Quelqu’un s’annonce avec un nom que je connais, mais que je ne parviens plus à associer à un visage. Les minutes passent… je ne sais toujours pas qui me parle, et pourtant la voix et le discours me sont familiers. Pour éviter l’affront, j'écoute et je réponds par des phrases de convenances. Désespérément, je cherche l’image de la personne. Enfin un visage apparaît, mais cette fois-ci, c’est le nom qui ne revient pas ! (à suivre…)
Marcel Brasey 2009
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