C’est dans le petit livre « Où tu vas, tu es » (Jon Kabat-Zinn, Ed. J’ai lu, Paris 2004, Diffusion Flammarion France ) que j’ai rencontré la vraie signification de l’opération intérieure qu’est le « lâcher prise ». Bien plus qu’un mot à la mode de notre temps,
« c’est une invitation à cesser de se cramponner aux choses – qu’il s’agisse d’une idée, d’un événement, d’un moment particulier, d’un point de vue, d’un désir. C’est abandonner la contrainte, la lutte, la résistance, pour quelque chose de plus fort et de plus sain, issu de notre acceptation des événements tels qu’ils sont, sans les juger, sans être englués dans le désir. C’est ouvrir la main pour relâcher quelque chose qu’on tenait serré très fort. »
Jusqu’alors, j’avais des convictions carrément aux antipodes de tout cela : surtout ne jamais abandonner, argumenter, lutter et résister jusqu’au bout, vouloir contrôler et tout améliorer.
J’avais besoin de troubles de mémoire et d’un diagnostic de « maladie d’Alzheimer probable » pour prendre conscience de « l’existence de ces lunettes que nous mettons inconsciemment entre nous et la réalité, qui filtrent et colorent nos visions ».
J’avais besoin de ce diagnostic pour me ramener à ce qui m’importe vraiment, à déjouer mes vernis sociaux, pour finalement me retrouver devant ma propre porte.
Il est de bon ton aujourd’hui – et c’est une bonne chose – de proposer aux collaborateurs stressés dans les entreprises et les administrations des formations de « lâcher prise ».
Voici un condensé de plusieurs textes fort intéressants, entre autres chez Rosette Poletti et Hans Marti, etc. :
- Lâcher-prise ne veut pas dire cesser d’être concerné, cela veut dire, je ne veux pas le dire à la place d’un autre.
- Lâcher-prise ne veut pas dire me retirer du jeu, c’est réaliser que je ne peux pas contrôler l’autre.
- Lâcher-prise, c’est admettre mon impuissance, ce qui signifie que le dénouement ne dépend pas de moi à chaque occasion.
- Lâcher-prise, ce n’est ni essayer de changer l’autre, ni le blâmer, car je ne peux que me changer moi-même.
- Lâcher-prise, ce n’est pas s’occuper, mais être concerné par.
- Lâcher-prise, ce n’est pas arranger les choses, mais offrir son soutien.
- Lâcher-prise, ce n’est pas juger, mais permettre à l’autre d’être un humain à part entière.
- Lâcher-prise, ce n’est pas trouver des solutions pour les autres, mais autoriser les autres à trouver leurs propres solutions.
- Lâcher-prise, ce n’est pas protéger l’autre, mais lui permettre de faire face à la réalité.
- Lâcher-prise, ce n’est pas condamner, mais accepter.
- Lâcher-prise, ce n’est ni harceler, ni critiquer ou argumenter, mais rechercher mes propres « faiblesses » et les corriger.
- Lâcher-prise, ce n’est pas adapter tout ce qui m’entoure à mes souhaits, mais accueillir chaque jour comme il vient et chérir l’instant.
- Lâcher-prise ne signifie pas vouloir améliorer ou réguler l’autre, mais m’efforcer de devenir moi-même tel que je désire être.
- Lâcher-prise, ce n’est pas regretter le passé, mais grandir et vivre le futur.
Le maître-mot : Se débarasser d’une mémoire trop encombrée de pensées définitives et de préjugés collectifs qui empêchent l’épanouissement personnel.
En cela, la personne touchée par des troubles de mémoire n’est-elle pas avantagée pour « lâcher prise » ?
Une maladie d’Alzheimer présumée, une situation naturelle, certes imprévisible et incontrôlable, mais des plus efficaces, pour avoir moins peur et aimer d’avantage !
Pourquoi ne pas prendre en compte cette nouvelle « capacité d’oublier » le superflu en l’insérant mieux dans la vie quotidienne sociale, citoyenne et culturelle ?
Marcel Brasey 2010
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