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Les notes du mois

Au fil de mes réflexions et lectures… ce qui m'a intéressé, ce qui m'a touché, ce que j'aimerais retenir et partager avec d'autres…

Septembre - Octobre 2004

"Passivité active"

Attentats, guerres, retraite menacée, crash et crac de toute sorte… 
Et maintenant, une maladie avec la promesse d’une sombre évolution, cette inquiétante étrangeté d’Alzheimer qui fait si peur à tout le monde.

Paradoxalement, c’est ce face à face de mauvaises nouvelles, cette surcharge de menaces et d’insécurités qui me permet de relativiser mes propres échecs quotidiens. Peut-être est-ce aussi la manifestation d’une nouvelle insensibilité aux conséquences de certains dangers ? Ou tout simplement, un allègement progressif des poids de la société : traditions, famille, vérités enseignées, mensonges, tabous .

 

Si j’écoutais un peu Jacques Salomé qui assure (dans « Lettres à l’intime de soi », p.30, Edition Albin Michel 2001) que vivre avec une maladie grave est aussi:

 

¨ une invitation de notre corps à mieux nous entendre,

¨ une sollicitation à mieux écouter la relation parfois disqualifiante que nous avons avec lui,

¨ une invitation à se respecter vis-à-vis d’autrui, et surtout face aux personnes aimées,

¨ une incitation à ne plus se laisser définir, un signal pour oser entendre et nommer l’innommable. 

 

Mais où prendre le courage ? Et si la maladie me donnerait ce coup de pousse nécessaire, peut-être par les fameux processus désinhibiteur qui peuvent bousculer des barrières insurmontables ?  C'est  en tout cas le moment propice pour arrêter de se prendre au sérieux mais aussi de ne plus se laisser faire, d'être une victime et tout tenter pour changer ce que l'on n'accepte pas.

 

Alexandre Jollien (dans « Le métier d’homme », Editions du Seuil Paris 2002, p.43)  me lance le chaud et le froid :  « Il n’y a rien à perdre puisque tout est déjà perdu d’avance ! »

 

Comme état d’esprit, il propose « la légèreté », un « subtil antidote au désespoir » qui nous permet non seulement de mieux « tenir le coup »,  mais aussi de tirer, par ci par là, un certain profit de notre adversité vécue, tous les jours … tous les jours qui passent.

Un autre philosophe, Sénèque (dans « La vie heureuse », Editions Arléa, mars 1995) me dit aussi :


¨
La partie de la vie que nous vivons est courte. Tout le reste n’est pas de la vie, c’est du temps 
¨Le plus grand obstacle à la vie est l’attente, qui espère demain et néglige aujourd’hui

 

Et à Abel Bonnard (dans « L’amour de l’amitié ») de surenchérir: 

 

« La vie dure peu, l’année  passe vite, le mois est court et le jour est plus bref encore, mais l’instant est immense. »

 

Avec l’Alzheimer, le présent trouve une nouvelle dimension, où les images, les pensées et les émotions se bousculent au ralenti … peut-être une autre jouissance à se sentir, exister.

Le diagnostic précoce m’a donné un espace temps précieux pour vivre consciemment le recul cognitif, pour rechercher un certain sens dans le déficit, un équilibre entre rupture et continuité.

(Marcel Brasey, 2004)