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"
Qui suis-je ? "
" Tu écrivais
des livres "
Je ne connaissais pas vraiment la romancière Iris
Murdoch, ni son mari John Bayley, le timide critique de
littérature. C'est la maladie d'Alzheimer qui me
les a fait rencontrer.
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Judi
Dench et
Jim Broadbent dans
Iris, Miramax
Films Corp 2001 |
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Iris
Murdoch (la vraie) avec
son mari John Bayley
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Leur
parcours de vie et de maladie m'a touché. Dans le
livre (1), j'ai trouvé les mots, les phrases et les
émotions d'une bonne écriture. Du film (2),
j'ai gardé la beauté des visages et l'ambiance
morale.
Ce couple, ordinaire et extraordinaire à la fois,
nous livre quelques-uns de ses secrets de longévité
affective : le respect mutuel et la connivence humaine et
intellectuelle.
Ne
disait-elle pas un jour : " L'éducation est
nécessaire voire essentielle. Non pas qu'elle soit
une garantie de bonheur, mais elle peut nous aider à
le reconnaître et l'apprécier quand il est
présent
"
Nous aimons tous les bonnes histoires d'ascension. Lorsque
l'Alzheimer paraît, tout semble s'arrêter. Il
ne nous reste plus qu'à construire un parcours de
déclin réussi, une démarche paradoxale
et périlleuse à la fois. Ce simple retour,
Iris et John l'ont effectué ensemble et dans l'honneur.
Au meilleur de sa forme dans son dernier roman " Le
Dilemme de Jackson " (1995), Iris annonce même
son destin de façon prémonitoire.
Ne fait-elle pas dire à l'un de ses personnages :
" Je suis arrivé à un endroit où
aucune route n'existe " ? Ensuite tout s'enchaîne.
Frappée par la forme rapide de la maladie d'Alzheimer,
c'est le passage obligé par la petite enfance et
les Teletubbies jusqu'à son décès en
1999. Un dernier stade d'Alzheimer marqué malgré
tout par la dignité, la sérénité
et même la légèreté et l'humour
- " Rien n'est grave, puisque tout est grave. "
dirait justement Alexandre Jollien (3). Ce n'est pas une
naïveté gratuite, mais une sagesse nourrie par
une grande souffrance - une attitude exemplaire
de
philosophes. Et nous autres, sans culture psy ni philo,
sans Buddha ni saints, y arriveront-nous ?
En tout cas, le temps du livre et du film, Iris et John
restent sympathiques jusqu'au bout
même la maladie
le devient par moments. Est-ce ma vision volontairement
esthétique de l'existence ou plus simplement ma lecture
un peu trop romantique des gens et des choses ? Je ne le
sais pas. Mais Novalis ne disait-il pas : " Seule la
faiblesse de nos organes et de notre contact avec nous-mêmes
nous empêche de nous apercevoir dans un monde de fées
"?
Et dehors, il continue de pleuvoir
(Marcel
Brasey, 2004)
- John Bayley, "
Elégie pour Iris ", éd. de l'Olivier/Le
Seuil, 2001
- "Iris "
/ " Un amore vero ", un film de Richard Eyre,
Miramax Film Corp.2001
- Alexandre Jollien,
" Le métier d'homme ", p. 43, éd.
Du Seuil, 2002
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