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La cohabitation avec la maladie (page 5/5)

38. J'ai perdu mes facultés mentales, mais je me sens parfaitement bien.
(Ralph Waldo Emerson)
 

39. " Je sais que je ne sais plus rien ". … C'est la lumière la plus claire, la plus grande performance de l'être qui lutte contre la maladie d'Alzheimer. Où il y a encore une lutte, il y a aussi des victoires. Là où un homme souffre encore, il est aussi à même de ressentir de la joie - et où il peut encore juger son propre entendement, il ne peut pas être entièrement " fou ". - C'est ma pensée de consolation.

Texte original allemand :
"Ich weiss, dass ich nichts mehr weiss". … Dies ist das hellste Licht, die grösste Leistung des gegen die Alzheimersche Krankheit ankämpfenden Menschen. Wo noch ein Kampf stattfindet, gibt es auch Siege. Wo ein Mensch noch leidet, ist er auch noch imstande, Freude zu empfinden - und wo er noch seinen eigenen Verstand beurteilen kann, kann er nicht vollkommen "verrückt" sein. - Das sage ich mir zum Trost.

(Sylvia Zacharias, Diagnose AlzheimerHelmut Zacharias, p.86,
Hirnliga e.V. Nümbrecht Allemagne 2000)
 
40. La maladie a ce côté diabolique qui la rend omniprésente, tout pivote autour d'elle, on ne voit plus la vie, on la subit.
(Anonyme)
 

41. C'est le tragique de cette maladie: Que l'on soit content quand le malade peut se reconnaître comme malade ! Car dans cette reconnaissance de l'esprit malade il y a de l'esprit, il y a de la connaissance de soi-même tout court. Seul un soi-même qui se reconnaît souffrant, fait face au mal.

Texte original allemand :
Das ist die Tragik dieser Krankheit : Dass man froh ist, weil der Kranke sich als krank zu erkennen vermag ! Denn in dieser Selbsterkenntnis des kranken Geistes liegt Geist, liegt Selbsterkenntnis schlechthin. Nur ein Selbst, das sich als leidend erkennt, bietet dem Leiden die Stirn.

(Sylvia Zacharias, Diagnose AlzheimerHelmut Zacharias, p.86,
Hirnliga e.V. Nümbrecht Allemagne 2000)
 
42. Me sentir toujours poussé à garder l'esprit aussi occupé que possible… à rester affairé sans relâche même avec des déficits, me procure une sensation de continuité et d'estime de moi qui me rassure.Tant que l'échec m'incitera à recommencer, il sera ma source de vie. Car les jours où je ne fais rien et mon cerveau ne travaille pas, je sens presque physiquement que la maladie avance.
(Marcel Brasey, 2003)
 
43. Par moments je me sens à l'unisson du monde et de la nature. Puis, je perds les repères, je sens monter la colère et je m'y noie avec délectation. J'ai été rigide toute ma vie, cette souplesse nouvelle m'est en permanence une leçon contre nature.
(Antoine George, J'ai mené toutes vos batailles…, p.227,
Mosée Editions 2002)
 
44. C'est vraiment l'agitation dans ma tête. Une météo dépressionnaire avec beaucoup de vent et toutes mes pensées s'envolent comme des bouts de papier. Toute la journée, je leur cours après. De temps en temps, j'en récupère un et je suis content. Quand il y en aura trop de perdus, j'ai peur que tout s'arrête.
(Marcel Brasey 2004)
 
45. Au cours des dernières années, j'ai travaillé comme infirmière dans la salle d'opération, l'unité de soins cardiaques intensifs, la salle d'urgence et l'unité de soins pédiatriques intensifs …Maintenant, je dois apprendre à débrancher le fer à repasser avant d'aller répondre à la porte et à ne jamais sortir de la cuisine ou la salle de bains sans fermer les robinets. C'est vraiment difficile pour moi d'apprendre à faire une seule chose à la fois.
(Cynthia Williams, Discours " Living From the Inside Out "
23e congrès national de la Société Alzheimer du Canada, Halifax 2001)
 
46. Hier encore, dans le monde professionnel, c'était les arbres qui me cachaient la forêt. J'aimais les arbres. Aujourd'hui avec l'Alzheimer, c'est la forêt qui me cache les arbres … Et je commence à aimer la forêt.
(Marcel Brasey 2004)
 
47. L'avantage de la mauvaise mémoire est qu'on jouit plusieurs fois des mêmes choses pour la première fois.
(Friderich Nietzsche)
 
48. Il y a une secrète parenté entre l'écriture et l'Alzheimer : je la ressens, mais je ne puis l'expliquer. C'est comme si j'étais aux prises avec l'impossibilité d'écrire, comme si je devais absolument écrire mais sans parvenir à produire le moindre mot. Il y a des jours où je ne sais plus ce que je cherche ni pourquoi je cherche.
(Marie-Andrée Donovan, Mademoiselle Cassie, p.33,
éd. David, Ottawa Canada 2003)
 
49. Je mets parfois un certain temps à répondre, car
je ne fais qu'une chose à la fois : quand je bricole je ne parle pas, quand je parle, je ne bricole pas... et parfois, je ne fais rien ...car je suis en train d'essayer de rassembler les pièces de mon "puzzle"..
.
(Claude Couturier, courrier personnel 2004)
 
50. C’est la folie qui s’empare de moi… Elle me dévore de l’intérieur. Complice, la mémoire me boude pendant des jours ; les lapsus s’amusent à me tourmenter. Si, dès maintenant, je m’habitue à me taire, peut-être les sottises éventuelles me seront-elles épargnées.
(Marie-Andrée Donovan, Mademoiselle Cassie, p.28,
éd. David, Ottawa Canada 2003
)

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