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La cohabitation avec la maladie (page 4/5)

25. Au fur et à mesure que mon cerveau se vide, mon cœur doit se remplir car j'éprouve des sensations et des sentiments extrêmement forts. J'ai parfois l'impression qu'ils me submergent comme une vague d'amour ou de peine, et la moindre émotion devient un raz-de-marée qui déborde en larmes que j'ai du mal à retenir.
(Claude Couturier, Puzzle, Journal d'une Alzheimer, p.113,
Editions Josette Lyon 1999)
 
26. C'est vrai, la maîtrise des sentiments, joyeux ou tristes, commence à m'échapper… je ris alors que je n'ai pas souvent ri, je pleure alors que je ne pleurais jamais… Est-ce un mal, est-ce un bien ?
(Marcel Brasey, 2001)
 
27. Le visage de quelqu'un qui souffre de cette maladie n'est ni tragique ni comique… Ici, le visage n'indique que l'absence : c'est un masque, au sens le plus littéral du terme.
Voilà pourquoi l'apparition d'un sourire est si extraordinaire. Le visage léonin devient le visage da la Vierge Marie, paisible en sculpture comme en peinture, avec une gravité qui donne à ce sourire son sens le plus profond.
(John Bayley, Elégie pour Iris, p.59,
Editions de l'Olivier/Le Seuil 2001)
 
28. Toujours et encore, j'essayais de lire mais je ne pouvais pas garder très longtemps le fil. Sans cesse, je lisais deux ou trois fois de suite une page sans savoir ce que je venais de lire… Jour après jour, je pouvais regarder le même programme et le trouver toujours intéressant. Des reprises ne me dérangeaient pas du tout.
Texte original en allemand :
Ich versuchte immer wieder zu lesen, aber ich konnte nicht sehr lange den Faden behalten. Immer wieder las ich eine Seite zwei- oder dreimal hintereinander und wusste immer noch nicht, was ich gerade gelsen hatte… Ich konnte Tag für Tag ein und dasselbe Programm anschauen und es immer noch interessant finden. Wiederholungen machen mir gar nichts aus.
(Larry Rose, Ich habe Alzheimer, p.48-49,
Verlag Herder Freiburg in Breisgau 1997)
 
29. Calculer de tête, épeler des mots, parler ou écouter et prendre des notes en même temps ne m'est quasiment plus possible. C'est le désapprentissage qui est en marche… Mais il y a des parades, des stratégies et peut-être de nouvelles compétences à construire !
(Marcel Brasey, 2001)
 
30. J'étais directeur et je ne peux même plus épeler correctement. Je fais des fautes partout. Je n'arrive pas à me rappeler ce que je veux écrire ou comment je dois procéder. Je dois réviser et réécrire, encore et encore.
(Bill dans : Lisa Snyder, Vivre avec l'alzheimer, p.66,
Editions Fides, 2001)
 
31. Je m’efforce de compenser l’habileté diminuée de mon entendement par une planification et une préparation méticuleuse voire obsessionnelle … prises par beaucoup pour une sorte de sagesse. Je sais toutefois que je n’ai que peu de chance à la longue.
(Marcel Brasey, 2002)
 
32. Maintenant, je suis là … simplement là, et je fais les choses de façon plus lente et souvent récurrente, peut-être parfois un peu inutile et incohérente mais néanmoins avec plein de sens pour moi.
(Marcel Brasey, 2002)
 
33. Elle finit sa licence et donne des conférences, il écrit son livre et elle peint ses tableaux, elle anime son groupe de discussion et il crée son site Internet, … , mais nous oublions de fermer le robinet de la cuisinière à gaz et nous nous égarons dans les rues, nous ne savons plus quelle est notre brosse à dents, nous sommes hésitants quand on nous demande notre âge et nous ne pouvons pas répéter ce que l'on vient de nous dire …
(Marcel Brasey, 2003)
 
34. J'ai l'impression que je suis de moins en moins timide (ou timorée) et du coup, j'ose me lancer dans des choses que je n'ai jamais faites en me disant que de toute façon, puisqu'on ne peut pas comparer avec ce que je faisais avant, ça ne sera pas catastrophique…
(Claude Couturier, 2002)
 
35. … pour ce que je faisais très bien avant, j'aime mieux m'abstenir maintenant, si ce n'est pas vital (tout ce qui est calcul, organisation, réalisation d'après un modèle ou une recette précise… car je ne vois pas certaines choses ou je ne les reconnais pas par moments et on me dit que je me suis trompée et je n'y peux rien, et ça finit par m'énerver…). Bref, soit je m'abstiens (quand je n'ai pas le moral), soit j'improvise, j'invente… et ça passe ou ça casse, mais tant pis !
(Claude Couturier, 2002)
 
36. Est-ce que j'ai vraiment pris le médicament que je viens de prendre? Je ne sais plus.. Est-ce que j'ai bien fermé à clé cette porte que je viens de fermer? Je ne sais plus.. N'ai-je pas déjà lu ce journal que je viens de lire? Je ne sais plus.. Mais qu'ai-je donc dit, qui fâche l'autre? Je ne sais plus.. Instants de colère, instants de solitude.
(Marcel Brasey, 2003)
 
37. Avant, je n'arrivais pas à parler en public sans être malade de trac. Maintenant, ça ne me fait plus rien, même si parfois je n'arrive pas à bien m'exprimer ou à suivre mon idée… cela vient peut-être du fait que lorsque je parle ou que je fais quelque chose, je ne peux penser à rien d'autre et je suis tellement concentrée que mon cerveau ne fonctionne que sur une seule phase.
(Claude Couturier, 2002)
 

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